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Articles par thèmes :
Sous-marins nucléaires
Journal par No :
No 54, septembre 2000
Auteurs :
Philippe Gobet
No 54, septembre 2000
Publié le dimanche 30 septembre 2007

Aucun danger avec les sous-marins à propulsion nucléaire...

Un feuilleton à suspense

Au mois d’août un tragique feuilleton à suspense s’est déroulé en mer de Barents. Chaque jour la question se posait : les marins du sous-marin Koursk sont-ils tous vivants, tous morts… ? On ressentait certes de la compassion pour ces hommes prisonniers d’un cercueil de métal reposant par 100 mètres de fond dans une mer glacée et disposant de moins en moins d’oxygène, ainsi que pour leurs familles. Mais a-t-on autant de compassion pour les victimes de la route un week-end de Pâques, victimes qui sont pourtant certainement plus nombreuses… mais moins intéressantes pour les médias…. Et puis ce que les journalistes et lecteurs éplorés du mois d’août se gardaient bien de souligner, c’est que ces sous-marins ont tout de même pour mission (éventuelle, certes, heureusement !) de lancer des missiles armés d’ogives nucléaires capables d’anéantir des millions de personnes…Alors quand on parle de tout faire pour sauver des vies, le plus urgent ne serait-il pas de mettre hors d’usage ces joujoux si coûteux et si dangereux…qu’ils soient russes, américains ou d’où que ce soit…

Quelques problèmes gênants…

De plus, tout le monde se pose quelques questions, comme par exemple :

  • Sous-marin nucléaire, armé ou pas ?
  • Sous-marin à propulsion nucléaire, et qu’en est-il du réacteur ?
  • Quelles conséquences pour les marins, pour l’environnement, à court et à long terme ?

Mais c’est là que vous pouvez être pleinement rassurés, faites-moi confiance, les responsables russes nous l’ont dit tout de suite, il n’y avait pas d’ogives nucléaires sur les missiles du sous-marin et le réacteur a été immédiatement arrêté lors de l’accident (dont on ignore toujours tout, soi dit en passant)… Le problème c’est que l’histoire récente nous a tout de même appris à nous méfier des déclarations, en vrac, des militaires, des nucléocrates, des dirigeants politiques, russes ou autres… Pensons par exemple au nuage de Tchernobyl qui s’arrêta net aux frontières de certains États pourtant sensés être démocratiques, aux techniciens expliquant que La Hague ne contaminait pas du tout la Manche, etc…

Un grand flou…

Par conséquent, la réalité c’est qu’on ignore toujours, à l’heure où j’écris cet article, si le sous-marin était vraiment désarmé, si les réacteurs étaient vraiment arrêtés, si il y avait véritablement des survivants juste après l’accident… Les experts ne savent en fait pas s’il y a risque de contamination radioactive. D’après un correspondant de la télévision russe RTR (chaîne qualifiée de « servile » par des journalistes suisses) les plongeurs norvégiens n’auraient mesuré aucune fuite radioactive. Tant mieux… Des officiels russes prétendent qu’il n’y aura aucune pollution radioactive avant des centaines d’années (ce qui est tout de même sympathique pour nos descendants…) Mais un ancien ingénieur de la marine russe, Alexandre Nikitine, annonce que des radiations se « manifesteront dans un mois, voire un mois et demi…si les réacteurs n’ont pas subi de dommages ». Dans le cas contraire, ça sera encore plus rapide… Le danger viendrait plus précisément des produits issus des réactions de fission du combustible (bref : les déchets). Heureusement, le combustible serait assez récent, donc moins dangereux, paraît-il… Cependant les responsables russes nous expliquent aussi que le cœur du réacteur ne peut fusionner en raison de l’existence du circuit de refroidissement du submersible. Ah, parce que dans un réacteur (soi-disant) arrêté, il fonctionne encore le circuit de refroidissement ? Allez donc, la mer de Barents est bien froide, pas de problème…

Un renflouage ?

Il faudrait donc renflouer le sous-marin pour l’évacuer, mais ce n’est pas possible avant le début 2001, d’après les Norvégiens. Les Russes ont déjà réussi une opération semblable en 1983 dans le Pacifique.. Ils ont déjà déclaré que cela serait impossible cette fois sans une aide financière… Le coût serait de 700 millions de FS Une autre solution évoquée par les Russes serait de colmater toutes les fissures du sous-marin, ce qui serait facile, paraît-il, pour en faire un « sarcophage ». Le mot ne vous rappelle rien ? Ben oui, Tchernobyl en a un, qui menace de fuir de partout d’ailleurs. A tout choisir, en matière de sarcophages, je préfère l’Égypte ancienne, voyez-vous.

Les causes

Revenons aux causes de l’accident, qui sont fort peu connues à l’heure actuelle. On évoque une explosion, des missiles reçus par le sous-marin, une collision, mais on ne sait pas avec quoi… L’hypothèse d’un choc avec un sous-marin britannique ou américain paraîtrait assez sérieuse au vu de certains indices…mais elle est évidemment niée par les Occidentaux… Ce qui est sûr en tout cas, c’est que les Russes, pour des raisons de prestige politique, ont préféré ces dernières années construire des nouveaux sous-marins plutôt que d’entretenir la flotte existante ou les moyens de sauvetage. D’ailleurs les sauveteurs de l’époque soviétique sont tous partis, leurs salaires n’ayant pas été versés durant des mois… Les 118 ( ?) morts du Koursk sont donc des victimes d’une sorte de post-guerre froide. Comme peut-être, semble-t-il, les victimes du SR111 (le système électronique de l’avion aurait été perturbé par des manoeuvres militaires américaine)…

En guise de conclusion : la nature humaine…

Qu’il y ait eu collision ou pas, le nucléaire sur ou sous terre, dans l’air (transport par avion de déchets ou d’armements nucléaires) sur l’eau et sous l’eau, c’est pareil : trop dangereux, trop cher, et pas compatible avec l’être humain ! Car où il y a l’humain, il y a toujours une fois ou l’autre l’erreur humaine, et en matière de nucléaire, l’erreur ne pardonne pas… D’ailleurs, si on a de bonnes raisons de se méfier des humains, vous comprendrez tout le bien qu’on pense du fait de confier des joujoux nucléaires aux militaires…

Philippe Gobet

septembre 2000

 
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