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Articles par pays :
Etats-Unis
Journal par No :
No 71, octobre 2003
Auteurs :
Philippe Progin
No 71, octobre 2003
Publié le lundi 1er octobre 2007

Panne à l’américaine

Jeudi 14 août, 16h11 (heure locale), New York. Oups ! Flûte ! M… ! Aie, aie, aie ! Maman ! etc., etc. Ce furent les termes qui jaillirent de la bouche de 50 millions d’Américains en ce beau jour caniculaire d’août 2003, suite à l’immense panne d’électricité qui frappa le Nord-Est des Etats-Unis. Revenons sur la chronique de cette panne prévisible.

La super puissance mondiale, les Maîtres du Monde, brusquement stoppés dans leur grandiloquence. En quelques secondes, pas moins de 9 centrales nucléaires et 11 centrales thermiques ont cessé toute activité.

Un gigantesque chaos

Quelle ne fut pas la surprise de milliers de personnes se retrouvant bloquées dans les métros, les ascenseurs, ne pouvant plus profiter de l’air conditionné dans leurs chers bureaux et, en plus, manquant d’eau (il faut quand même des pompes pour pomper et elle fonctionne à quoi les pompes ? Hein ?). Le pont de Brooklyn avait les allures des grandes heures de marathon. Des gens, des gens partout, qui retournent à pied à la maison, mais cette fois sans courir. Ben oui, j’avais oublié de vous dire que les trains ça marche - ou plutôt ça roule aussi - grâce à l’électricité. Plus de trains donc, les aéroports bloqués ou fermés. En plus, de monstres bouchons partout, dans tous les coins, dans toutes les villes (c’est-à-dire de New York à Toronto en passant par Ottawa, Rochester, Buffalo, Cleveland, Toledo, Detroit et j’en passe).

La peur au ventre

Et la peur ! Peur d’un nouveau 11 septembre, peur d’un nouvel attentat terroriste encore plus gros, encore plus cruel, encore plus douloureux. Oussama devait se réjouir (s’il existe encore) lui qui avait prédit aux Américains qu’ils vivraient désormais la peur au ventre. Mais ouf ! On calme le jeu grâce aux médias. Pour ceux qui ont un transistor à piles, ils peuvent entendre, quelques 45 minutes après le début de la panne, ce beau discours rassurant de la part du maire de New York, Michael Bloomberg : « Je peux vous dire qu’il est sûr à 100% qu’il n’y a absolument pas d’indications pour le moment qu’un acte de terrorisme ait provoqué la panne. » Merci Monsieur le Maire.

Sécurité et solidarité

Et ça marche. Les citoyens, travailleurs ou passants, ne paniquent pas. Il est vrai qu’avec 10’000 policiers dans les rues de New York la nuit, 3000 pompiers qui vaquent à leurs occupations (éteindre une soixantaine de feux provoqués par des bougies), des F16 qui volent dans le ciel et la centrale d’alerte antiterroriste qui tourne à plein régime, le simple péquin peut se sentir en sécurité. Encore plus en sûreté, car beaucoup ont dormi dehors cette nuit-là. L’ancien maire de New York Giuliani était fier de ses New-yorkais et de leur solidarité. La solidarité, les New-yorkais connaissent. Déjà en 1965, le 9 novembre, 25 millions de personnes sont restées presque 2 jours sans chauffage, ni électricité. On avait pu voir dans le hall de Grand Central Station, la nuit, des riches comme des pauvres partager une grande promiscuité et même jouer aux cartes ensemble, en attendant pendant 15 heures le train qui les emmènerait à la maison. D’ailleurs, comme je vous l’ai dit, ce n’est pas la première fois que la région de New York et du Nord-Ouest des Etats-Unis ne brillent pas comme les étoiles (les vues satellites de ces régions sont normalement les plus lumineuses du monde). Le 9 novembre 1965, le 13 juillet 1977, en mai 1986, ainsi qu’en juillet 1999 déjà, les satellites ont pu montrer autre chose que de la lumière.

Surconsommation de mégawatts

En comparaison des Bengalis, qui consomment annuellement en moyenne 109 KWh par tête et des Allemands qui consomment 6150 KWh, les Américains sont champions toutes catégories avec 12’525 KWh par personne et par an. Et tout cela avec un réseau « digne d’un pays du tiers-monde », selon Bill Richardson, ancien Secrétaire à l’énergie de Bill Clinton. Avec un réseau vétuste, datant de l’après-guerre et une consommation en hausse vertigineuse, il est normal que de telles pannes se produisent ponctuellement. Surtout que l’entretien du réseau laisse à désirer, vu qu’il coûte cher et est non rentable aux yeux des actionnaires des sociétés privées qui fournissent l’énergie et dont l’unique objectif est le profit. Parfois même à tout prix, comme l’a montré le scandale Enron, et au détriment du public, comme on l’a vu au mois de mai 2001, dans l’Etat de Californie (coupures en série etc.). En plus, les économies d’énergie sont encore un sujet plutôt futuriste un peu partout et surtout (par hasard) dans le Texas de G.W. Bush.

La bourse ne vacille pas

Pour en revenir à la panne d’août, M. Chang Lim se demandait qui allait rembourser les 2000 dollars de marchandises qu’il a dû jeter à cause de l’arrêt des frigos et congélateurs de son commerce. Bien sûr, ce ne sera pas la Bourse new-yorkaise qui a continué à fonctionner à plein régime malgré le chaos ambiant. Mais voilà, gaffons-nous que cela ne nous arrive pas par ici à cette échelle. Ce qui s’est passé à New York et en Californie s’est en effet déjà produit chez nous à un niveau moindre (France en 1978 et 1999, Grèce en novembre 1993 et Italie en août 1994 et septembre 2003). Si l’électricité devait passer aux mains d’un marché totalement dérégulé, privatisé et perdre ainsi sa spécificité de service public, alors nous ne serions plus à l’abri de telles pannes. Ouvrons l’œil et le bon, même s’il fait nuit noire, on ne sait jamais.

Philippe Progin

 
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