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Articles par thèmes :
Youri Bandazhevsky
Articles par pays :
Russie - Europe de l’Est
Journal par No :
No 68, décembre 2002
Auteurs :
Fabienne Gautier
No 68, décembre 2002
Publié le mardi 2 octobre 2007

URGENCE : le Professeur Youri Bandazhevsky est en danger de mort

« On ne peut pas m’interdire de penser. Pour le faire il faudrait m’ôter la vie. » (Y. Bandazhevsky)

Dernières nouvelles

Parmi les dernières nouvelles que nous ayons du professeur Bandazhevsky, celles remontant au début du mois de novembre dernier - provenant de son épouse Galina et de ses deux filles qui lui ont rendu une visite de trois jours en prison à Minsk - sont des plus alarmantes. D’après sa femme, qui est médecin, l’état de santé de Youri Bandazhevsky est extrêmement préoccupant. Il n’a plus aucune énergie ni physique ni psychique. Il ne se nourrit plus et est dans un état dépressif évident. Selon Galina Bandazhevskaya, si rien n’est entrepris très rapidement, il ne lui reste pas une année à vivre.

Un lavage de cerveau très efficace

Pourtant, ses conditions d’incarcération avaient été sensiblement améliorées depuis le mois de juin, suite notamment aux interventions internationales auprès du gouvernement du Belarus. Il avait alors été transféré d’une cellule, qu’il devait partager avec une centaines d’autres détenus, à une chambre pour trois personnes où un ordinateur était à sa disposition pour son travail. En réalité, ces améliorations n’étaient qu’apparentes et sa nouvelle cellule, située dans l’aire de l’hôpital de la prison, loin des regards des autres détenus, a permis à un autre système de destruction de la personne de se développer à l’encontre du scientifique. Après la torture physique - qu’il avait déjà endurée durant le premier mois de son incarcération en 1999 - après le goulag durant un an, c’est maintenant une torture neuro-psychologique, particulièrement efficace et bien rodée, que Youri Bandazhevsky subit depuis six mois. Promesses de libération, faux espoirs, chantage : aucune pression ne lui est épargnée pour tenter de lui arracher l’aveu de sa culpabilité et sa demande de grâce, en lieu et place d’une amnistie individuelle qui serait le meilleur moyen pour lui de sortir de prison. Déjà le 29 août dernier, quand Galina Bandazhevskaya avait revu son mari après trois mois sans visite, elle ne l’avait pas reconnu, « mon cerveau est comme un disque rayé…tout m’est égal » lui avait-t-il alors dit. Des signes clairs de paranoïa et de perte de confiance étaient déjà perceptibles : il commençait à soupçonner même sa femme.

Les recherches de Youri Bandazhevsky

Rappelons que ce médecin se consacrait à l’étude approfondie des maladies induites, sur tous les organes vitaux, par les radionucléides incorporés dans l’organisme humain principalement par l’alimentation. En sa qualité de recteur de l’Institut Médical de Gomel, qu’il a fondé en 1990, il a conçu de nombreux projets de recherche scientifique à grande échelle sur les causes des pathologies affectant la population qui réside dans les secteurs contaminés suite à l’explosion de l’un des réacteurs de la centrale nucléaire de Tchernobyl en 1986. Les conclusions auxquelles ses recherches sur l’action destructrice des doses faibles du césium radioactif (Cs137) ont conduit sont extrêmement claires : le césium-137, dont la période (demi-vie) est d’environ trente ans, exerce pendant tout ce temps une action toxique sur l’organisme, en provoquant de très graves lésions de la structure cellulaire et des tissus contaminés. Cela entraîne finalement la mort de l’organisme et même une faible quantité de césium radioactif, en concentration de 30 à 50 Bq/kg du poids du corps, entraîne des dommages sérieux aux organes les plus vulnérables. La liste des maladies que peut dresser Bandazhevsky passe par des pathologies digestives, cardiaques, respiratoires, endocriniennes, ainsi que le diabète, des malformations congénitales, des atteintes génétiques, des cancers, leucémies, maladies du système immunitaire, allergies, infections sévères et chroniques, maladies du système nerveux central et de l’œil. Une atteinte du bagage héréditaire ou génome a été démontrée chez des enfants vivant dans des régions contaminées entre 250 et 300 km de Tchernobyl. Les mutations génétiques les plus nombreuses, celles qui sont compatibles avec la vie, n’apparaîtront cependant que dans trois à cinq générations. Nous mesurerons alors peut-être pleinement l’étendue de la catastrophe. Pour Bandazhevsky, si rien n’est rapidement entrepris afin d’éviter la pénétration continue des radionucléides dans l’organisme des adultes et des enfants, l’extinction menace la population de la Biélorussie d’ici quelques générations.

Un scientifique qui dérange tout le monde

La condamnation de Youri Bandazhevsky démontre clairement que les autorités biélorusses souhaitent cacher la vérité sur l’étendue réelle des dégâts occasionnés par les radiations sur la santé de la population. Bandazhevsky affirme qu’il est mortellement dangereux de vivre sur les territoires contaminés alors que les autorités ont annoncé une politique de retour dans ces régions des personnes évacuées. Il préconise fermement de ne pas absorber de produits provenant de zones même faiblement irradiée tandis que la République de Belarus a inscrit l’autosuffisance alimentaire comme premier point de sa politique. De plus, Youri Bandazhevsky a souvent critiqué ouvertement l’attitude des autorités biélorusses et proposé des solutions et des techniques de défense ainsi que des traitements très prometteurs, en insistant sur la nécessité de les appliquer sans attendre. Avant son arrestation il avait rédigé un rapport critiquant les recherches en cours menées par l’Institut de recherche clinique et scientifique pour la médecine radioactive de Minsk qui appartient au Ministère de la Santé de Biélorussie. Plus grave encore, il avait dénoncé le détournement des fonds ministériels destinés à la recherche dans ce domaine. Il est clair que le pouvoir de Biélorussie n’a pas intérêt à reconnaître les véritables conséquences de la catastrophe de Tchernobyl, principalement pour des raisons liées à son orientation politique et économique, mais pour le lobby nucléaire mondial, il est hors de question de laisser de telles informations circuler et encore moins de permettre à des scientifiques tels que Bandazhevsky de poursuivre leurs recherches.

La conspiration du silence

L’Institut de Gomel qui, grâce au Professeur Bandazhevsky, était devenu un centre de recherches de pointe, reconnu mondialement, dans le domaine de l’effet des radiations, est maintenant dirigé par un médecin à la solde du pouvoir et les recherches sur les conséquences des radiations ont été abandonnées. Dans la région, un projet européen – ETHOS – qui a démarré en 1996, a été mené dans le but de venir en aide aux populations vivant dans les zones contaminées. Or, ce projet repose sur une ONG française, le CEPN (Centre d’Etudes sur l’Evaluation de la Protection dans le domaine Nucléaire), cette association est financée par le Commissariat à l’énergie atomique, l’EDF et Areva ( ! ). On peut légitimement soupçonner cet organisme de vouloir minimiser les risques encourus par les populations vivant en zones contaminées ! L’OMS, bien sûr, se tait. Sa subordination à l’Agence internationale de l’énergie atomique l’empêche de divulguer les données qui sont pourtant en sa possession.

Le laboratoire de Tchernobyl

Il faut pourtant parler de la Biélorussie, seul pays avec l’Ukraine et la Russie, à avoir subi les conséquences d’un accident nucléaire de cette ampleur. Faut-il rappeler qu’avec les quelques centaines de réacteurs en activité tout autour de notre planète, chacun d’entre nous peut se trouver confronté aux mêmes problèmes que les Biélorusses. Le seul souhait que l’on puisse formuler c’est que l’affaire Bandazhevsky contribue à mettre fin à la conspiration du silence maintenue par les défenseurs du nucléaire autour des conséquences d’un tel cataclysme. Près de six millions de personnes continuent de vivre dans des zones contaminées, dont 2,3 millions d’Ukrainiens, 1,8 million de Russes et 1,7 million de Biélorusses. Le nombre de victimes est compris aujourd’hui entre 15’000 et 30’000 personnes, des dizaines de milliards de dollars devront encore être dépensés par la communauté internationale pour pallier aux séquelles de la catastrophe de Tchernobyl pour les populations d’Ukraine, du Belarus et de Russie. Si toute la vérité sur Tchernobyl et ses conséquences sur la santé et sur l’environnement était connue, cela ne sonnerait-il pas le glas de cette industrie démoniaque ?

Pour contribuer à faire libérer le professeur Youri Bandazhevsky

Cette affaire est révoltante pour au moins deux raisons : parce qu’elle démontre qu’un lobby peut empêcher, dans son seul intérêt économique, que des recherches vitales pour l’humanité soient menées et parce qu’elle met en évidence l’injustice flagrante à laquelle un homme, qui a mis son savoir et son travail au service de ceux qui en avaient réellement besoin, peut se trouver confronté. Pour ces deux raisons, il faut empêcher que Youri Bandazhevsky ne soit détruit. Chacun peut écrire au Président Loukachenko pour qu’il accorde l’amnistie individuelle au professeur Bandazhevsky, en utilisant la lettre annexée à ce journal.

Fabienne Gautier

« Les circonstances de la vie et leurs choix ont fait des Bandazhevsky un couple d’insoumis dans un monde d’apeurés, de lâches et d’exclus. (…) ils défendent l’honneur de la science devant l’infamie des mensonges et des silences de la communauté scientifique. Nous serions déshonorés si nous les perdions à cause de notre indifférence ou de notre négligence. (…) Les Bandazhevsky jouent leur vie dans cet affrontement, qui est loin d’être fini. Il y aura des rechutes et des rebondissements. Notre soutien ne doit se relâcher à aucun moment. Il doit, au contraire, s’intensifier, car le temps presse. Chaque fois que le soutien s’est accru, l’étau s’est desserré. » (Wladimir Tchertkoff, octobre 2002)

 
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