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No 55, décembre 2000
Publié le vendredi 28 septembre 2007

Anne-Cécile Reimann :


David contre Goliath

ContrAtom a reçu l’enregistrement d’une interview de Pierre Alleman, réalisée par Radio-Zone en septembre 2000, dans le cadre d’une émission intitulée : « Big science, Big business, Big mensonge, le CERN en question. » *

Pierre Alleman, vous connaissez, sa tragique histoire a déjà été évoquée à plusieurs reprises dans nos colonnes.

Au CERN, en bleu de travail

Employé au CERN durant 14 ans par l’intermédiaire d’une société de sous-traitance, passant successivement de la fonction d’aide-électricien, de magasinier, puis d’agent de radio-protection, il a manipulé pendant toutes ces années des déchets extrêmement dangereux (amiante, uranium, radon, pyralène, dioxyne, etc…) sans qu’on ait pris la peine de l’informer sur les risques encourus, travaillant sans protection, sans masque, en simple bleus de travail !

Le cancer

En 1994, le voilà atteint d’un cancer. La direction du CERN en est informé et le licencie sur la champ ! Dépourvu de ressources financières, ne disposant que d’une rente misérable, il se retourne contre son employeur, la société Métareg. Après une lutte acharnée, qui le conduit jusqu’à entamer une grève de la faim, Pierre Alleman gagne son procès. La société Métareg est condamnée pour « faute inexcusable » (celle de n’avoir pas averti son employé des dangers encourus). Par contre, le CERN, lui, est dégagé de toute responsabilité. Un tel organisme est bien évidemment au-dessus de tout soupçon ! Emouvante, l’histoire de Pierre Alleman, racontée avec des mots simples, la voix altérée par les signes de la maladie : le souffle court, la respiration sifflante !

Tchernobyl

Emouvantes les paroles de cet homme malade, qui évoque cependant avec beaucoup de lucidité et de précision les activités qu’il menait dans son ancien job, qui dit la pleine confiance qu’il avait mise en ces « brillants scientifiques » pour lesquels il travaillait avec constance et application, racontant, par exemple, comment au lendemain de la catastrophe de Tchernobyl, constatant un grand chamboulement dans les mesures de radioactivité, il avait été cherché un physicien en toute hâte qui l’avait immédiatement rassuré : « ce n’est rien, juste une centrale qui a explosé en Russie, avec quelques petites retombées radioactives, vraiment rien de grave ! » Comment ne pas croire le spécialiste si calé ?

Rejeté par les siens

Emouvante aussi la tristesse qui émane de cet homme trahi par ses anciens collègues qui lui ont tous tourné le dos parce qu’il osait mettre en doute l’intégrité du sacro-saint CERN ! Et la peine qu’il éprouve lorsqu’il se voit refuser tous les services bénévoles qu’il aimerait pouvoir rendre à telle ou telle œuvre d’entraide sous prétexte que les subventions viennent en partie du CERN et que l’on ne peut pas risquer d’engager un contestataire, celui qu’on appelle « l’emmerdeur du Pays de Gex ».

Un livre ?

Malade, ruiné, méprisé, exclu Pierre Alleman aura vraiment bu la coupe jusqu’à la lie et pourtant il ne désarme pas ! A l’heure qu’il est il espère trouver quelqu’un qui pourrait l’aider à rédiger un livre pour rendre publique sa mésaventure. Il est aussi à la recherche d’un avocat qui aurait le courage de l’aider à démontrer, par voie de justice, que malgré sa puissance, le CERN n’a pas toujours raison !

La CRII-RAD

L’émission de Radio-Zone va cependant plus loin que la seule évocation de la triste histoire de P. Alleman. La parole est aussi donnée à la CRII RAD, par la voix du physicien nucléaire, Bruno Chareyron qui évoque la petite enquête effectuée par son organisme en 1996 sur les lieux mêmes du CERN.

Enquête sommaire certes, mais qui met bien en lumière le décalage existant entre l’image du CERN, image de haut niveau, de rigueur, etc… et la réalité sur le terrain : un homme sans formation découpant au chalumeau des déchets radioactifs sans masque et sans protection et des déchets radioactifs retrouvés dans des poubelles !!!

L’avenir

Pour la CRII-RAD, il est très important qu’il y ait une prise de conscience des autorités genevoises et françaises, du public et des médias sur le problème du CERN, problèmes de protection des personnes, problèmes de rejets dans l’environnement, problèmes de gestion des déchets et aussi le souci de la nouvelle machine géante qui est en construction, le LHC, avec toutes les questions que cela pose : sur la fabrication du tritium dans l’eau qui va environner la machine sur l’activation des sols autour de la machine sur le rayonnement qui va réussir à s’échapper du sol, etc…

Après avoir identifié un certain nombre de lacunes dans le système de surveillance et de contrôle, la CRII-RAD se dit inquiète. Elle aimerait fortement parler avec les communes, les collectivités, les associations, pouvoir étudier à fond le dossier soumis à enquête publique, avoir la possibilité de poser des questions aux techniciens du CERN, faire un certain nombre de contrôles préalables !

Echec politique

Hélas, trois fois hélas, après l’échec des démarches entreprises auprès du Grand Conseil de Genève en 1997 pour dégager un budget dans le but de faire procéder à une expertise indépendante au CERN, il ne s’est toujours pas trouvé de forces politiques tant en Suisse qu’en France capables d’imposer expertises et contrôles réguliers dans ce temple de la science moderne. Cependant, un homme seul continue à se battre : David contre Goliath ! Chapeau bas, Pierre Alleman !

Anne-Cécile Reimann

* Cassette disponible au prix de 70 FF (port compris) auprès de Nicolas, Radio Zinzine, 04300 Limans, France Tél : 0033 4 92 73 10 50


Lueur d’espoir

Vendredi 17 novembre, le Grand Conseil du Canton de Genève a approuvé à une nette majorité et renvoyé au Conseil d’Etat la pétition de ContrAtom datée du 16 décembre 1997 invitant les autorités genevoises à intervenir pour que soit réalisée dans les plus brefs délais une étude, confiée à un organisme reconnu et indépendant (la CRII-RAD) établissant un état des lieux complet sur les différents problèmes liés à la radioactivité au CERN et leurs incidences éventuelles. Le Conseil d’Etat est également invité à soutenir politiquement la concrétisation de cette étude à réaliser en collaboration étroite avec les parties concernées : scientifiques, élus français et suisses, représentants des syndicats des travailleurs concernés et association de défense de l’environnement. Le Conseil d’Etat a un délai légal de 6 mois pour réagir à cette invitation pressante de ContrAtom relayée dorénavant par une majorité parlementaire. Nous ne laisserons bien évidemment pas passer ce délai sans nous en préoccuper...

Anne-Cécile Reimann

 
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