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No 61, novembre 2001
Publié le vendredi 28 septembre 2007

Mondialisation néolibérale et nucléaire : Ce que « déréguler » veut dire...

Chères/chers ami-e-s antinucléaires,

Ce numéro spécial de Contr-Atom vous est adressé pour vous convier à participer à la grande manifestation pacifique du 10 novembre à Genève contre le sommet de l’OMC au Qatar, parce que le lien entre la défense de l’environnement et la résistance à la mainmise du marché et des profits sur notre société n’a jamais été plus clair. Plus particulièrement pour Contr-Atom, il s’agit d’un moment de relance de la campagne contre la privatisation/libéralisation de l’électricité en Suisse, objet du référendum contre la LME (Loi sur le marché de l’électricité) qui devrait être soumis au peuple l’an prochain. Etonnamment, ce référendum n’a pas été soutenu par certains groupements « écologistes ». Ils ont bien voulu encore croire - parmi d’autres raisonnements fallacieux - à l’argument simpliste, selon lequel - le nucléaire étant très cher - la soumission aux « lois du marché » hâterait sa disparition. Admettons que nombre d’entre nous ont pu y croire un moment, mais aujourd’hui ce n’est plus possible et cette tactique se révèle d’un opportunisme désastreux.

Il est désormais clair que la soi-disant « dérégulation » n’est qu’une forme sournoise de privatisation, qu’elle que soit les promesses des autorités et des partisans de la LME. La saga du démantèlement des PTT et de la privatisation progressive de Swisscom n’est qu’un exemple entre mille autour du monde. Avec la privatisation (qui figure par exemple explicitement au programme du parti libéral, pivot de la nouvelle majorité parlementaire genevoise) et même déjà lorsqu’une entreprise publique « dérégulée » est contrainte à fonctionner dans la logique compétitive du marché, c’est le principe même du contrôle des citoyen-ne-s sur l’avenir de notre société qui est mis en cause.

En l’occurrence, privatiser l’électricité signifie que le choix entre les dangers du nucléaire, le réchauffement climatique résultant d’une option pétrole/gaz ou la voie des renouvelables, qui du point de vue du marché peut paraître plus coûteuse, se ferait en fonction du bénéfice qu’en retirent les multinationales et holdings internationaux de l’énergie !

Ceux-ci profitent en outre de la situation pour atteindre un degré de concentration monopolistique et d’autonomie inouï. (Notre adversaire de longue date EDF, par exemple, profite des perspectives de libéralisation/privatisation pour étendre massivement son empire à l’échelle du continent et au-delà.) Se borner à essayer de démontrer que dans tel ou tel cas les renouvelables sont rentables, mettre son espérance dans le fait que le nucléaire serait trop cher ou dans le choix « éclairé » de consommateurs individuels, privés de leurs droits collectifs de citoyen-ne-s, c’est accepter d’emblée une logique qui, aujourd’hui déjà, conduit le monde au désastre.

Pour nous, l’énergie fait partie des biens et services essentiels (comme l’éducation, la santé, l’eau…). Les ressources naturelles dont on la tire sont des dons de la nature, des biens communs de l’humanité, auxquels Exxon ou George Bush S.A. n’ont pas plus droit que d’autres. Et les choix énergétiques engagent l’avenir de l’humanité et de la planète toute entière. C’est le comble de l’irresponsabilité d’admettre qu’ils doivent se faire selon les prix du marché « spot » à la bourse d’Amsterdam ou d’ailleurs ! Parier sur l’action du marché pour nous sortir du nucléaire n’est pas seulement opportuniste, cela apparaît aujourd’hui comme totalement illusoire : Le marché réel (pas celui des idéologues) est toujours un marché manipulé. Démonstration magistrale en Californie, où la dérégulation a permis une manipulation spéculative qui a provoqué une pénurie artificielle, la multiplication du prix du kilowatt, avec à la clé des milliards de bénéfices pour certaines compagnies et enfin l’occasion pour Georges Bush de relancer la prospection pétrolière en Alaska et …l’industrie nucléaire, jusque dans ses aspects les plus délirants (retraitement) ! Il serait sans doute trop cher - aujourd’hui - de construire une nouvelle centrale nucléaire en Suisse, mais les alternatives du marché sont plus dangereuses encore ! Ne parlons plus de politiques fédérales ou cantonales favorisant les renouvelables. Nombre des dispositions cantonales genevoises (par ex. une tarification électrique conforme à la politique cantonale de l’énergie) sont déjà battues en brèche par la seule perspective de la libéralisation. Les gros consommateurs sont en position d’exiger des rabais considérables, rendant moins attractives encore les économies d’énergie. Soumises au principe du rendement, nos Services Industriels (SIG) ne pourront que difficilement s’y engager.

De toutes façons, on peut prévoir l’agencement d’une série de faillites retentissantes, dans le style Swissair, qui remettront l’essentiel des installations productives dans les mains du privé à des prix défiant toute concurrence. Nos barrages, par exemple, qui représentent un investissement collectif énorme risquent d’être raflés pour une bouchée de pain par les multinationales du secteur. Question « alternatives », il s’agira d’abord comme le propose le Conseil fédéral dans sa loi ad hoc (LENu), de prolonger indéfiniment la vie de nos vieilles centrales fissurées. Rappelons que l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) elle-même trouvait récemment que la surveillance étatique de la sécurité nucléaire helvétique était sujette à caution… Plus nos réacteurs atomiques seront vieux et dangereux, plus ils seront amortis et profitables ! Pour les accidents, c’est déjà prévu explicitement que ce soit la collectivité qui passe à la caisse.

D’autre part, on importera du courant nucléaire au rabais de France ou des centrales à risque des pays de l’Est. L’« étiquetage » du type de courant, censé permettre aux consommateurs de choisir librement de l’électricité « verte », revient à admettre qu’aucun choix collectif n’est fait. Retour à la case du marché. De plus, le procédé apparaît assez illusoire. Une bonne part du courant risque finalement d’être d’« origine indéterminée ». D’ailleurs, cet « étiquetage » pourrait être contesté au nom des règles ...de l’OMC elle-même. Aux USA les autorités avaient par exemple interdit l’étiquetage des aliments comme étant « exempts d’OGM ».

Enfin, au chapitre de l’OMC, le Conseil Fédéral a déjà relevé dans son message sur nos deux initiatives antinucléaires (Sortir du nucléaire et Moratoire plus) que la disposition que contient l’une d’elles sur l’interdiction de substituer le courant des centrales arrêtées par des importations de source nucléaire ...serait contraire au « droit supérieur » constitué par les diktats de l’OMC.

Venez donc manifester avec nous le 10 novembre, non seulement contre la privatisation de l’électricité, mais contre la loi de l’argent, plus que jamais élevée en principe unique appelé à régenter nos sociétés !

P.S. Les récents refus de la privatisation des compagnies électriques publiques à Zurich et au Tessin montrent que l’onde de la résistance mondiale contre le néolibéralisme atteint nos contrées. Ce combat nous pouvons le gagner ...avec vous !


« Déréguler » le secteur de l’électricité comme le veut la loi de libéralisation du marché électrique (LME) contre laquelle nous luttons par le biais d’un référendum fédéral - en attente de votation - signifie s’engager sur la voie suivante :

La privatisation clandestine (voir l’édifiante histoire de Swisscom), la suprématie du marché sur une politique reflétant la volonté collective des citoyen-ne-s. La perte du contrôle social - déjà bien insuffisant - sur la politique énergétique du pays et, à Genève, sur celle que doit mettre en place le canton en application de sa constitution antinucléaire. La rentabilité immédiate, qui implique le renoncement au développement des énergies renouvelables et à l’utilisation rationnelle de l’énergie ainsi que le blocage de la sortie du nucléaire.

La gabegie et/ou les hold-ups spéculatifs dans le style désormais connu (électricité en Californie ou Scandinavie, Swissair chez nous). La multiplication des risques du nucléaire, la logique du profit aggravant tous les risques majeurs voir par exemple les catastrophes de British Railways, de Total, de Toulouse ou le scandale des falsifications des contrôles de qualité à l’usine de retraitement à haut risque de Sellafield.

 
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